Fiche Action

Développer l’Initiative pour Repenser l’Economie (IRE)
- Synthèse
- La crise financière internationale en 2007-2008 a révélé à la fois les risques systémiques qui pesaient sur un système monétaire et financier dont les acteurs étaient poussés à l’irresponsabilité, la difficulté des Etats Unis à assumer le statut de monnaie internationale du dollar américain et le caractère instable d’un développement économique mondial remorqué par l’endettement américain. La crise financière s’est provisoirement dénouée grâce à une injection massive de liquidités dans le système financier et bancaire au prix d’un endettement public massif dont les modalités de remboursement ou d’effacement restent incertaines. Face aux risques de la récession, les gouvernements n’ont pensé à court terme qu’à stimuler la demande des entreprises et des ménages par des plans de relance massifs au moment où, en préparant le Sommet de Copenhague sur la lutte contre le changement climatique, chacun affirmait aussi le caractère non durable d’un mode de vie fondé sur la croissance indéfinie des besoins. Les flagrantes contradictions entre les préoccupations de court et de long termes ont rendu impossible la conclusion à Copenhague d’un accord international un tant soit peu conséquent. Les vrais problèmes ont émergé : la nécessité de prendre en compte les émissions cumulées de gaz à effet de serre des pays développés depuis un siècle ; la nécessité de dissocier le développement de l’emploi de la consommation d’énergie et de matières premières ; l’impossibilité de raisonner à l’échelle nationale ou même continentale sur la consommation d’énergie et de matières premières quand les filières de production et d’échange sont mondiales.
Le temps du libéralisme triomphant, qui a marqué les vingt ans suivant la chute du mur de Berlin, est bel et bien terminé. Mais par quoi le remplacer ? L’ébranlement des modèles économiques fondés sur la propriété et la privatisation des savoirs et des informations, par le développement internet n’en est qu’à son début. La privatisation de la nature et sa manipulation par le biais des brevets, privatisation et manipulation qui heurtent les consciences et prétendent rendre rare ce qui est abondant dans la nature, se heurtent à des résistances sociales de plus en plus profondes. Les villes et régions, les territoires, s’imposent au détriment des Etats comme des acteurs majeurs. Malgré le discours sur la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, celles-ci, en n’étant les acteurs que d’une petite partie de la filière de production et d’échange et en étant confrontées à une concurrence internationale où les facteurs sociaux et environnementaux sont mal pris en compte, ne parviennent pas à promouvoir des filières durables.
Il est d’autant plus étonnant dans ces conditions que toutes ces crises, une fois passée la stupeur de la faillite de Lehman Brothers, n’ont pas eu pour effet une remise en cause globale de la pensée économique dominante, abusivement qualifiée de science et hissée au même rang de rigueur, sous prétexte de formalisation mathématique, que les sciences physiques. Par contre, l’opinion publique et même les institutions et les responsables politiques ou syndicaux n’ont plus confiance en une pensée économique restée totalement dominante à l’université et dans les médias mais incapable d’apporter des réponses convaincantes pour l’avenir. Un renouvellement du système de pensée s’impose.
L’Initiative pour repenser l’économie a été lancée en 2004 pour apporter sa petite contribution à ce renouvellement. Cinq thèmes de réflexion structurent l’Initiative : la monnaie et le système financier et monétaire international ; les régimes de gouvernance applicables aux différentes catégories de biens et services ; les filières de production et d’échange et l’articulation au sein de ces filières de différents niveaux, du local au mondial ; les agencements institutionnels susceptibles d’orienter le système de production et d’échange dans la bonne direction ; le nouveau rôle des territoires et l’oeconomie territoriale. S’ajoute un sixième thème qui leur est transversal : le renouvellement de l’enseignement économique. L’Initiative pour repenser l’économie est maintenant en lien étroit avec l’Essai sur l’oeconomie qui a avancé réflexions et propositions sur ces cinq thèmes. Ces questions se trouvent également abordées dans d’autres initiatives de la fondation. L’Initiative pour repenser l’économie a de ce fait comme préalable la nécessité de se nourrir de ces réflexions.
Initialement envisagée pour s’associer à des économistes universitaires seuls considérés comme étant en mesure de légitimer des idées nouvelles, l’Initiative s’est réorientée en direction d’un public plus large, d’une part en raison du discrédit de la pensée économique dominante et d’autre part en raison de l’écho rencontré par l’Essai sur l’oeconomie. - Voir l'historique
- Dès son origine, la fondation a été préoccupée par la question de l’exclusion sociale, au Nord comme au Sud. C’était un des symptômes de l’incapacité de nos sociétés riches et disposant de ressources technologiques incroyables de faire face à l’enjeu, apparemment à portée, du bien être de tous. Dans les années 80, et constatant les impasses des politiques purement assistancielles, la fondation a mis l’accent sur ce que l’on appelle en France l’insertion par l’économique. Ceci s’est traduit par de multiples engagements, visant en particulier l’appui à la création de petites entreprises. Cette expérience nous a conduits à promouvoir de multiples formes d’économie sociale et solidaire et à accompagner le développement de réseaux internationaux partenaires, ce qui s’est traduit en particulier par la création, dans le cadre de l’Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire, du Pôle de Socio-Economie Solidaire (PSES).
A partir du début du 21ème siècle, et dans le cadre d’une évolution générale de la politique de la fondation, reconnaissant que les mutations indispensables au 21ème siècle se heurtaient à l’obstacle du système de pensée lui-même, nous avons pensé nécessaire de stimuler aussi une réflexion fondamentale dans le champ de l’économie. C’est ce qui nous a conduit, quoique ne disposant pas à l’époque de l’expérience et de la crédibilité dont nous pouvions disposer dans le domaine de la gouvernance, de créer de façon modeste l’IRE, Initiative pour repenser l’économie, sous forme d’abord d’une branche de l’IRG (Institut de Recherche et de Débat sur la Gouvernance) manifestant par là le lien intime entre les deux questions. Cette initiative, au fur et à mesure qu’elle trouvera ses partenariats et fera la preuve de son utilité s’autonomisera pour devenir à son tour un Institut pour repenser l’économie. Ce terrain intellectuel est déjà fort encombré. Nous pensons néanmoins que dans une discipline en crise où la plupart des débats sont confinés à des échanges entre experts autoproclamés, notre regard neuf sur les questions, nos réseaux internationaux de partenaires, l’entrée sur le sujet à partir de la gouvernance, que symbolise le concept d’oeconomie, la possibilité d’oser des ruptures conceptuelles (difficiles quand on est soumis au jugement de ses pairs), constituent autant de possibilités de valeur ajoutée. S’applique particulièrement à ces questions économiques le principe fondateur de la fondation : quand ce qui est nécessaire et ce qui est possible sont contradictoires il faut choisir le nécessaire plutôt que le possible.




